
SYNOPSISUshijima est le directeur de Buy Buy Finance, une agence de prêt un peu spéciale. Il est en quelque sorte le dernier recours financier de tous ceux qui sont black listés par les organismes de crédit officiels, c'est ce qu'on appelle dans le milieu un "yamikin", un usurier de l'ombre. Il va sans dire que les taux d'intérêt qu'il pratique sont exorbitants, mettant à tous les coups ses clients déjà sans le sous dans des situations plus que délicates, voire suicidaires. Mais malgré toute la misère qui les caractérise, ils finissent toujours par rembourser ce qu'ils doivent à Ushijima, et ce quel que soit le prix à payer... AVISSérie toujours en cours de parution à l'heure où ces lignes sont tapées, Ushijima l'usurier de l'ombre est un ouvrage extrêmement dur et on ne peut plus immoral. Cette lecture n'est pas recommandable à tout le monde, notamment aux plus sensibles des lecteurs, mais se révèle être paradoxalement indispensable à tous les amateurs de manga sortant de l'ordinaire. Explications.
On peut diviser ces premiers volumes en deux parties. Une qui concerne directement le personnage au rôle titre et son comportement ambigu alliant cynisme et "tendresse", ainsi que son entourage professionnel comprenant un élément perturbateur qui a de la suite dans les idées et dont on attend les futurs agissements avec une certaine impatience, peut-être quelque part pour rendre la monnaie de sa pièce à cet anti-héros par excellence pour tout ce qu'il a fait à ses clients. Ceux-ci justement représentent la seconde partie, il n'est en effet pas rare de la part de l'auteur de décrire ces tranches de vie des chapitres durant. On assiste ainsi au quotidien d'un voyou, d'une prostituée ou encore d'un freeter (un chômeur, pour faire simple). Chacune des descriptions prodiguées est criante de vérité, Shôhei Manabe n'hésitant pas à montrer le côté le plus sombre de l'Homme, dans sa bassesse et ses agissements les plus vils. Ce voyeurisme outrancier peut, à raison, gêner, même s'il faut reconnaître que ça reste visuellement relativement "sain", le côté psychologique étant pour sa part bien plus difficile à appréhender. Des scènes d'une rare violence sont ainsi dépeintes tout au long de ces 9 volumes. Et bien qu'à l'origine Ushijima n'est pas le responsable du merdier dans lequel ils se sont mis, il n'hésitera pas une seconde à tirer profit de la position de faiblesse de ces personnes, à l'image des ses "amis" du business. Le racket organisé d'une femme jouant à la bourse en est un exemple assez effrayant. Vous l'aurez compris, ce manga est d'une noirceur extrême, pourtant, même si la plupart des histoires qu'il raconte se terminent mal, le mangaka a parfois pitié de ses "victimes" en concluant sur une fin "heureuse". Un bol d'air frais qui ne se refuse pas, surtout après l'intensité des deux premiers tomes.
Graphiquement parlant, le titre de Manabe s'en sort bien, et même très bien. Son trait s'est équilibré au fur et à mesure, mélange assez subtile de celui de Taiyô Matsumoto et de Takehiko Inoue. Un style très réaliste donc, avec une manie de dessiner tout ce qui est dégoulinant (et c'est pas des blagues). Les décors sont de toute évidence à 90 % calqués de photographies, d'où cette précision diabolique. Le cadrage de l'action est bien élaboré, avec pas mal de petites cases à l'intérêt parfois discutable, et de gros plans pour mettre en valeur un personnage dans l'intensité de ses propos. Du beau boulot. On remarquera aussi que les couvertures des différents tomes sont très "stylées", comme quoi les restes de l'ancien métier de l'auteur lui ont servi à quelque chose (il a travaillé dans le design et le graphisme, d'après la mini bio du volume 4).
Voilà un manga qui peut prêter à controverse, malgré toutes ses qualités. Traitant de la misère humaine d'une façon très réaliste et bien souvent accompagnée d'un dénouement choquant, il reste malgré tout une excellente façon de prendre conscience de la dure réalité du quotidien et de voir à quel point une misérable vie n'est rien en comparaison du pouvoir de l'argent. À lire. ADAPTATION FRANÇAISEL'ouvrage est présenté dans un format B6 comme la plupart des seinen manga, avec un encrage de qualité dans la majeure partie des tomes (il y a quand même des passages un peu fades de temps en temps). Le lettrage est très propre, tout comme la traduction qui a l'air tout à fait maîtrisée (pas vraiment étonnant, vu la personne qui s'en est chargée, comprenne qui pourra). Un petit mot aussi sur le logo titre très réussi, bien dans le ton de l'original, bien qu'un peu moins "pop art". On apprécie enfin les petits bonus de fin, quand il y en a (la bio de l'auteur, l'histoire des magazines de prépublication pour public adulte, etc.). Sens de lecture japonais et prix assez correct par rapport à la concurrence à format égal.
DU MÊME AUTEUR

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RYO17/02/2009 |
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