
SYNOPSISJapon. Milieu du XVIIe siècle. Un assassin redoutable sillonne les différentes provinces du pays. Son nom : Lone Wolf and Cub. Paysans, fonctionnaires, samouraïs ou prostituées font appel à ses services onéreux : 500 ryô par contrat. En échange de son infaillibilité, cet assassin supprime n'importe qui : femmes, vieillards, riches, pauvres, vertueux ou pécheurs. Son unique condition : que l'on lui raconte intégralement la raison pour laquelle on réclame l'utilisation de son art de tuer. Laissant dans son sillage des trainées de sang, il est connu et craint de tous dans le pays ; et nul n'oserait se mettre en travers de sa mission. La mission d'un assassin. Un assassin qui voyage avec un enfant dans un landeau... AVISVoilà un cas où le terme de "série culte" n'est pas galvaudé. Au même titre que les oeuvres de Tezuka Osamu, Lone Wolf and Cub fait partie du paysage de la bande dessinée japonaise unanimement reconnue, y compris à l'étranger. Démarrée au début des années 70, cette série cumula les honneurs en tous genres durant plus d'une décennie et influença de manière durable tous les auteurs postérieurs par l'innovation de sa narration, la puissance du récit, mais également par le soin tout particulier apporté au dessin. Sublime tout simplement. Mais revenons au récit à proprement parler. L'histoire s'attache à la vengeance d'un homme, Ôgami Ittô (en japonais ookami = loup) accompagné de son fils âgé de 3 ans, Daigoro. Pour bien comprendre les tenants et aboutissants de l'histoire, un bref rappel historique : durant la période Edo, trois clans servaient de bras armé au Shôgun. Les Kurokowa (espions ninja), les Yagyû (assassins) et enfin le poste de Kôgi Kaishakunin (haut exécuteur). Le Kôgi Kaishakunin était l'homme chargé de décapiter les Daimyô lors de la cérémonie du seppuku en leur assénant le coup de grâce, incarnant à cette occasion le Shôgun en personne! Ôgami Ittô était cet homme mais l'ambition sans borne du clan Yagyû parvint à l'acculer à la seule échappatoire raisonnable : le suicide. En éliminant tous les membres de son clan à l'exception de lui-même et de son fils unique et en utilisant la ruse pour le déshonorer et le soustraire de sa charge de Kôgi Kaishakunin, le chef du clan Yagyû espérait bien que Ôgami choisirait la mort et qu'il ne se mettrait plus jamais en travers de son chemin. Mais c'était compter sans la volonté de fer de l'exécuteur du Shôgun qui non seulement refusa de se soumettre à l'injonction qui lui était faite mais résista les armes à la main aux envoyés du Shôgun, après avoir laissé son fils âgé de quelques mois choisir entre suivre son père sur les voies de la souffrance et du carnage ou rejoindre sa mère dans la mort. Yagyû scella alors avec Ôgami un pacte: que ce dernier ne remette plus jamais les pieds à Edo (actuelle Tôkyô) et qu'il abandonne ses attributs d'exécuteur du Shôgun et Yagyû s'engageait à le laisser en paix. Ainsi fut-il décidé. Mais Ôgami ne se contentait pas de renoncer à sa charge pour survivre : il avait décidé que lui et son fils ne marcheraient plus désormais sur la voie des hommes et des 6 chemins qui la composent selon la tradition bouddhique. Ils allaient suivre le Meifumadô, autrement dit, la voie des démons. Pour eux, plus question de bushidô, de règles, de croyances ou de quoi que ce soit. Simplement des contrats à éxécuter... La voie des assassins ne dit-elle pas : si vous rencontez vos parents, tuez vos parents, si vous rencontrez le bouddha, tuez le bouddha ? Ainsi va-t-il en être durant 28 volumes d'une ambiance âpre, étouffante, captivante.
En un mot : intense. Comme vous pouvez vous en douter, la trêve décrétée par Yagyû ne durera qu'un temps et il n'hésitera pas à la rompre lorsqu'il estimera que Ôgami représente un danger trop grand pour le laisser vivant. Des massacres sanglants souilleront les routes au fur et à mesure que le père et son fils iront en se rapprochant de la capitale impériale pour y chercher enfin vengeance et réparation. Mais un hors-la-loi, coupable de nombreux meurtres de surcroît, pourra-t-il laver son nom alors que sa simple survie est une insulte au pouvoir shôgunal ?
L'une des qualités majeures de la série réside sans nul doute dans l'exceptionnel travail de recherche qu'ont effectué ses auteurs : une analyse historique de la société japonaise du XVIIe siècle qui embrasse tous les protagonistes de cette époque, ou presque. Prostitués, yakuza, samurais ayant renié leur condition, bonzes, hauts fonctionnaires du régime, paysans mourant de faim, tous sont disséqués avec la même acuité de raisonnement par les auteurs qui nous peignent un décor infiniment riche des grandeurs et bassesses du Japon de cette période à travers l'itinéraire sanglant d'un homme en quête de vengeance.
Il est à noter que sous l'impulsion du succès de la bande dessinée, Koike Kazuo travailla durant les années 70 sur une série de 6 films adaptant fidèlement l'histoire de Lone Wolf and Cub à l'écran. Ces films devinrent à leur tour extrêment populaires chez le public nippon.
Pour conclure, ajoutons que Lone Wolf and Cub est fréquemment cité comme l'une des principales sources d'inspiration par des auteurs actuels, japonais ou non, dont le plus fameux est probablement Frank Miller, en partie responsable de l'adaptation américaine de cette série, à partir de laquelle je fais cet article. Tous s'accordent pour citer en exemple le lyrisme, le caractère éminemment épique de l'histoire mais également le découpage particulièrement énergique qui apporte toute sa force à la narration. ADAPTATION FRANÇAISECette partie sera brève étant donné que Lone Wolf and Cub n'a pas été traduit pour le moment en français, ni même qu'aucun éditeur à ma connaissance n'a l'intention à l'heure actuelle d'en faire une traduction. Il ne reste qu'à souhaiter que, influencés par l'accueil réservé à la série lors de sa sortie en version américaine (26 tomes traduits à ce jour) par Darkhorse, les éditeurs français ne se décident à combler ce vide dans notre panorama littéraire en provenance du Japon avec cette extraordinaire série. Je ne saurais que trop conseiller à ceux que mon article a intrigués de franchir le pas sans attendre une improbable sortie en édition française en essayant de se procurer un ou deux volumes de l'édition américaine. Même si l'anglais vous rebute, je suis prêt à parier que vous ne le regretterez pas! (seule faiblesse de l'édition américaine: une taille trop petite qui empêche d'apprécier tout le travail d'illustration, mais bon un format 10x15 pour plus de 300 pages par volume, il y a pire).
DU MÊME AUTEUR

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MAGOAMOTH18/11/2002 |
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