
SYNOPSISLorsque la situation l'exige, on fait appel à lui pour se produire sur les planches de théâtre. Il ne demande aucune rémunération pour le travail qu'il accomplit, si ce n'est de fermer les yeux sur ce qui va se passer lors de la représentation. Il se fait appeler l'Ara aux sept couleurs, et c'est un maître du déguisement, capable d'imiter à la perfection n'importe quel personnage. Derrière ce grand talent s'en cache un autre bien moins noble, celui de voleur professionnel. Depuis quelque temps déjà, il est recherché par la police pour les nombreux vols qu'il a commis sur les riches spectateurs venus le voir sur scène. Mais qui est-il réellement et que dissimule cette obsession dévorante de l'argent ? AVISNanairo Inko est un manga d'Osamu Tezuka s'étalant sur un peu plus de 40 chapitres, racontant la vie d'un imitateur de génie dont la principale activité est voleur professionnel. L'originalité première de cette série est de proposer sur fond de pièces de théâtre des histoires plus ou moins indépendantes les unes des autres (il subsiste tout de même un fil conducteur), afin d'y apporter à chaque fois un regard critique sur l'Homme. Une constante que l'on retrouve habituellement chez Tezuka et qui a fait en partie sa renommée. Si l'idée de faire découvrir un nouveau domaine qu'est le théâtre au jeune lectorat, auquel était initialement adressé ce manga, à travers des pièces cultes comme ceux de Shakespeare, Molière, Shaw ou encore des œuvres plus ancestrales tirées du kabuki, est à saluer, on ne peut pas forcément dire que le traitement proposé soit tout le temps bien adéquat. Ça relève bien évidemment de la subjectivité, mais le côté un brin trop burlesque et "surréaliste" qui se dévoile au fur et à mesure des pages devient parfois assez indigeste pour que l'attraction fasse son effet. Si dans Black Jack le même procédé avait été utilisé avec plus de réussite (même si là aussi tout n'est pas bon à prendre), c'est sans doute grâce au charisme plus évident que dégageait le personnage au rôle titre.
Néanmoins, malgré ces quelques petits reproches, il faut bien sûr reconnaître qu'avec ce manga, Tezuka réussit encore une fois très bien à distraire son public. Deux phases se profilent clairement dans cette œuvre. La première est résolument comique et sert avant tout à divertir. On retiendra à ce propos les performances du délirant Tamasaburô, le chien le plus intelligent jamais inventé dans un manga. Quant à la deuxième phase, elle s'intéresse au côté sombre du personnage principal, de son passé peu glorieux et de tout ce qui fait de lui un humain, malgré l'image très "froide" qu'on avait de lui au début. L'ultime chapitre révèle d'ailleurs de manière très exhaustive les diverses réponses qu'on était en droit de se poser au sujet de ce fameux Ara. Et les rebondissements ne manqueront pas à l'appel, même si tout reste au final, comme on dit au théâtre, très... classique. Même constat du côté de la réalisation, on retrouve le cadrage si caractéristique du maître, avec son penchant pour les lignes obliques qui ne sont hélas pas toujours du plus bel effet. Le rendu dynamique est toujours autant renforcé par des traits de vitesse très prononcés et le dessin des personnages, s'il est plutôt expressif, accuse le coup avec l'âge. Il divisera comme d'habitude l'opinion des lecteurs.
S'il n'est pas dans l'absolu le manga de Tezuka qui dégage le plus de son savoir-faire, il n'en demeure pas moins un bon classique (on y revient) qu'on aurait tort d'éclipser. Non seulement ça se lit très facilement, mais en plus ça permettra aux plus curieux d'aller s'intéresser de plus près à des œuvres totalement inconnues du public occidental. ADAPTATION FRANÇAISEAsuka avait commencé à publier son manga avec une qualité matérielle très discutable, notamment en ce qui concerne le papier rêche employé et la reliure d'une rigidité à toute épreuve. Heureusement qu'à partir du tome 2, une nette amélioration se fait sentir sur les points précités. Du coup, l'épaisseur de l'ouvrage a littéralement diminué de moitié. La traduction quant à elle a l'air de très bien s'en sortir et les petites coquilles d'orthographe du premier volume ne sont plus (ou presque) qu'un lointain souvenir à partir du deuxième opus, malgré une petite erreur ajoutée, l'abréviation du "ième" (de "4e histoire" par exemple) est bien "e" et non "ème". L'impression a atteint une qualité optimale dans... le dernier tome. Le travail d'editing (lettrage, retouches graphiques) est plutôt rigoureux. Sens de lecture original conservé, format bunko employé, jaquettes sympathiques, début de chaque tome en couleurs sur papier couché et prix relativement bon marché pour le nombre de pages proposé. On apprécie de plus tout particulièrement les bonus de fin d'ouvrage (bibliographie de Tezuka).
DU MÊME AUTEUR

|
RYO25/12/2004 |
|