
SYNOPSISDeux hommes s'infiltrent dans un grand immeuble et commencent à se battre avec ses occupants en utilisant tout ce qui leur tombe sous les mains. Une fois le ménage terminé, ils passent à l'étage suivant. Même constat dans un contexte différent où des assaillants entrent chez un homme obligé d'envoyer des livres valdinguer sur les dangereux intrus qui tranchent aussi sec les épais ouvrages? AVISÀ n'en pas douter, Yûichi Yokoyama est un cas à part parmi ceux qu'on appelle "mangaka". Et pourtant, ce n'est pas ce qui manque sur le marché français ces derniers temps. Entre un Taiyô Matsumoto (Number 5, Ping Pong) qui excelle à sa manière dans l'art de l'esthétisme abstrait et le style propre, voire chirurgical, d'un Jirô Taniguchi (L'homme qui marche, Quartier Lointain), on peut dire qu'on est gâté au niveau de la diversité graphique japonaise. Pourtant, croyez-le ou non, dans le genre décalé, Yokoyama va encore plus loin.
À la vue du travail de Yûichi Yokoyama, on a la sensation qu'il n'a pas l'air de concevoir ses planches dans l'objectif de créer un manga en tant que tel. Il dit par ailleurs dans l'interview proposée en fin de volume la chose suivante : "On me considère comme un auteur de BD, c'est une façon de qualifier mon travail, de le rendre plus accessible, mais en vérité je ne suis pas certain que ce soit approprié". Ces mots renforcent de manière probante le fait qu'on n'a pas affaire à un manga "basique". Et il suffit de feuilleter quelques pages de Combats pour s'en rendre très vite compte. Le rendu visuel donne l'impression d'une peinture moderne où la géométrie et les perspectives en tout genre dominent le fond. La règle est considérablement employée, ça se vérifie également sur les onomatopées qui tiennent une place majeure dans le travail de l'auteur, masquant délibérément certaines actions importantes, actions qui bénéficient d'un dynamisme étrange, mais qui s'inspirent tout de même de quelques bons clichés hongkongais en matière de films d'action. Le tout formant une espèce de "délire" graphique parfois à peine compréhensible par le lecteur, alors que paradoxalement, le dessin se veut propre et précis. Comme chaque élément semble avoir été réalisé simultanément, la séparation visuelle est difficile dans certains cas. Le cadrage par contre a été réalisé sans réelle inspiration, la rigueur manque même à l'appel sur quelques passages, ce qui est étonnant compte tendu du soin apporté à l'ensemble.
Concernant le récit en lui-même, que dire ? Rien n'a vraiment de début ni de fin dans les huit histoires proposées dans ce recueil. Aucune émotion ne transparaît des différents personnages mis en scène. Les actions avancent selon le désir de l'auteur, se terminent aussi sec qu'elles ont commencé, ça se dément en revanche avec la première nouvelle intitulée "appartement témoin" où un "début" et un "dénouement" sont nettement ancrés. Vous l'aurez compris, l'intérêt d'une recherche d'humanisme reste pour Yokoyama quelque chose de négligeable, alors forcément, ça surprend. Le fait qu'il y ait vraiment très peu de dialogues vient de surcroît appuyer cette évidence.
"Du jamais vu", ce sont les mots qui ressortent presque immédiatement de la lecture de Combats de Yûichi Yokoyama. Selon la sensibilité artistique de chacun, on verra dans les pages de l'ouvrage tantôt quelque chose d'original et adroitement étudié, tantôt des sortes de saynètes inexplicables où le grand n'importe quoi règne en maître, habillées de dessins amateur et sans saveur. Dans les deux cas, ce manga surprend. Reste à savoir de quel côté vous vous placez. ADAPTATION FRANÇAISELes éditions Matière voient grand avec cette adaptation française, et ce n'est pas le format A5 de l'ouvrage qui fera dire le contraire. Le plaisir de lecture est agréablement bien secondé par un papier doux d'une qualité irréprochable, d'une reliure souple, d'un encrage bien réparti et d'une impression d'une grande finesse. Notons également le design réussi de la couverture, très épuré et classieux. Concernant la traduction, vu la faible quantité de dialogues, difficile de dire que le travail n'a pas été fait correctement. La seule chose étrange, c'est que les personnages du manga crient à chaque fois ce qu'ils disent, comme en attestent les phylactères "dynamiques" présentes, mais que les points d'exclamation se font substituer par des points. La police employée à la Hergé pour le lettrage ne constitue pas, à titre personnel, un bon choix. La discrétion de la traduction des onomatopées fait par contre plaisir à voir. Le sens de lecture d'origine a été conservé (le contraire eût été étonnant pour cette œuvre se basant principalement sur son graphisme), mais la facture est salée pour ce recueil d'à peine plus de 100 pages. On note tout de même que le "bonus" de fin de volume, l'entretien avec l'auteur, est des plus intéressants à lire, ce qui est assez rare pour être souligné.
DU MÊME AUTEUR

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RYO29/08/2004 |
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