
SYNOPSISSuite à une blessure à la jambe, Rika a dû arrêter le saut en hauteur. Non seulement sa place de numéro un du club est très vite évincée par une petite nouvelle, mais en plus il se trouve que celle-ci lui a volé son petit ami. Elle surmonte quotidiennement en silence son amertume, mais ce fardeau lui est de plus en plus pénible à porter. Un jour, elle entre dans un salon de discussion sur Internet et découvre trois autres personnes se disant elles aussi "victimes de la société". Après quelques lignes de dialogue échangées, l'idée de faire sauter l'école est mise sur le tapis? AVISOn dit que les manga sont des objets sociologiques par excellence, qu'ils sont de ce fait le reflet d'une culture populaire que chacun peut facilement reconnaître, à défaut d'analyser. X day de Setona Mizushiro ne déroge pas à cette règle et montre à travers ce premier volume – sur deux – le quotidien de jeunes gens dont le principal besoin ne se situe vraisemblablement pas au niveau du confort économique (quoiqu'on puisse en douter au regard du flash-back de "Kin-san"), mais plus sur le plan du mal-être affectif et existentiel, survenu lors de la deuxième phase de modernisation du Japon d'après-guerre, à l'instar de ce qu'on ressent chez Rika, alias "Eleven", qui ne supporte plus vraiment de se voiler la face vis-à-vis de celui qu'elle aime en réalité toujours.
Si le suicide constitue une part non négligeable du taux de mortalité au Japon, comme on le découvre récemment à travers ces sites web qui encouragent à se suicider collectivement, offrant ainsi à ces désespérés de la vie le "privilège" de connaître pour une fois ce qu'une communauté peut offrir, la solution qu'ont choisie les quatre protagonistes de X day est toute autre, mais s'inscrit également comme étant extrême, et soulève l'autre problème de société que le pays connaît de plus en plus : la violence chez les jeunes. Mais au-delà de cet état de fait peu réjouissant que semble étaler le manga, Mizushiro raconte, comme on s'en doute, une histoire d'amour provoquée par la force des choses, mais dont on ne perçoit pour l'instant que les prémices. La consolidation est certainement à prévoir pour le second et dernier volume de la série... ou peut-être pas.
Dans un domaine plus terre à terre, mais néanmoins intéressant, on dira avec plaisir que le dessin de l'auteur est visuellement réussi et d'un design tout ce qu'il y a de plus raffiné. L'expressivité que fait transparaître chacun des visages est joliment servie par un découpage séquentiel relativement abouti, à défaut d'être cadré de manière rigoureuse. Le discours résolument plus mûr, plus sombre de ce manga va de pair avec les éléments graphiques mis à contribution, ainsi, pas de trames fleuries à outrance ou autres "kawaiiries" exprimant l'état d'esprit du personnage dans X day.
En fin de compte, ce manga, de par son côté peu réjouissant du fait du thème délicat qu'il aborde, n'est de toute évidence pas fait pour tout le monde. Il trouvera son public chez les lecteurs intéressés par le côté torturé que le shôjo manga n'offre pas spécialement dans ces titres les plus "enfantins", mais aussi chez ceux qui ne se lasseront jamais de découvrir un nouvel auteur de talent, car c'est le cas ici. ADAPTATION FRANÇAISEPremière chose qui détonne : la qualité matérielle obtenue pour l'adaptation française de ce titre. Asuka semble avoir trouvé avec ce titre l'imprimeur à qui parler (le même qui celui de Pika et Ki-oon). La reliure est on ne peut plus agréable à manipuler, grâce à une souplesse adéquate, le papier, bien qu'encore un peu transparent, est de bonne qualité, mais surtout, l'impression est excellente de bout en bout. Côté onomatopées, on ne peut pas trop se plaindre non plus, même si les puristes préféreront certainement les savoir non retouchées. Le lettrage est bon et la traduction semble convenir, bien qu'on relève de petites erreurs de transcription au niveau des noms des personnages (Kago / Kako, Katano / Takano). Sens de lecture japonais.
DU MÊME AUTEUR

|
RYO06/02/2005 |
|